L'IA, tout comme l'ordinateur, Internet et le téléphone portable en leur temps, modifie une fois de plus durablement le comportement de notre société.
Ce qui reste constant, c'est qu'on veut toujours tout, toujours plus vite…
Avant d'avoir un ordinateur et Internet à la maison, je me rappelle être allé à la bibliothèque pour préparer un exposé…
Puis j'ai eu accès à un ordinateur avec Encarta : une encyclopédie enregistrée sur un CD ! =)
Puis j'ai eu accès à Internet, dont le débit a considérablement augmenté au fil des années.
Puis est arrivé le smartphone, qui nous a permis d'avoir Internet en permanence au bout des doigts.
Et maintenant, on a l'IA, à qui on peut demander tout et n'importe quoi…
Que d'évolutions en 30 ans !
Mais quels sont les impacts réels sur la société ?
Les échanges se font plus vite, le monde est interconnecté, certains emplois ont complètement disparu, beaucoup ont évolué et d'autres ont été créés. La société s'adapte et continue d'avancer…
Trouble de l'attention, baisse de la concentration et de facultés de réflexion, est ce que sont des symptômes de nos usages de la technologie et plus particulièrement de l'IA?
Nous dirigeons-nous réellement vers le monde du film Idiocracy, notamment à cause de l'IA ? (Pour ceux qui n'ont jamais vu ce film, je vous encourage fortement à le voir ! =))
Le possible déclin de l'intelligence est un sujet à la mode depuis plusieurs années maintenant et même depuis avant l'arrivé de Chatgpt ( arrivé il y a déjà / seulement 4 ans en 2022) ...
On avait déjà entre autre le documentaire « Demain, tous crétins ? » diffusé par Arte en 2017 et les médias qui se sont également emparée du sujet avec des titres comme « Le QI des Français en chute libre », « Et si l’humanité était en train de basculer dans l’imbécillité ? », « Alerte ! Le QI des Asiatiques explose, le nôtre baisse » ou encore Déclin de l’intelligence : sommes-nous plus bêtes que nos parents ?
De mon côté, je ne peux évidemment pas faire de généralités, mais je peux parler de ce que je vois et de ce que je vois et vis au quotidien.
En tant qu'enseignant, j'ai vraiment l'impression que, sur un même programme enseigné pendant plusieurs années consécutives (plus de dix ans maintenant dans mon cas avec entre autre une matière que j'ai eu en tant qu'étudiant puis que j'ai enseigné en tant qu'enseignant ) . Et ce, malgré tous les nouveaux outils dont les étudiants disposent…
On en est même arrivé au point où nous revoyons certaines de nos exigences à la baisse et ajustons le programme en conséquence.
Cette observation pourrait donc sembler corroborer cette idée d'un déclin général… ( Que ce soit le déclins des étudiants qui n'ont plus le niveau, ou bien des enseignants qui ne savent plus transmettre l'enseignement ... )
Cependant, personnellement, je ne pense pas que cela signifie forcément que les étudiants sont moins intelligents. ( Ou que les enseignant sont devenus subitement moins bon )
Mon hypothèse serait plutôt que les étudiants décident-ils tout simplement, consciemment ou non, d'allouer leurs ressources intellectuelles à davantage de choses / différentes choses. Et comme il y a de plus en plus de domaines, d'outils et d'informations auxquels s'intéresser, cela pourrait simplement entraîner une plus grande dilution des connaissances.
Dans le passé, par exemple, je pense que la majorité des personnes qui possédaient une voiture savaient faire au moins le minimum pour l'entretenir, voire effectuer elles-mêmes certaines réparations de base. Aujourd'hui, c'est beaucoup moins souvent le cas.
Certes, les voitures se sont complexifiées, mais le nombre de domaines dans lesquels nous pouvons développer une certaine expertise a également considérablement augmenté… et malheureusement, on ne peut pas être expert en tout. =)
Je remarque également chez certains une perte de la culture de l'effort.
Bien souvent, lorsqu'un problème leur est posé, le premier réflexe des étudiants que j'ai est de se tourner vers l'IA, parfois sans même challenger la réponse obtenue. Et quelque part, cela peut sembler légitime :
Pourquoi perdre du temps à apprendre quelque chose si l'IA peut tout simplement nous souffler la solution, n'importe quand et beaucoup plus rapidement ?
Et pour moi, c'est justement là qu'apparaît un risque important.
Si nous utilisons l'IA comme une prothèse pour notre cerveau, chargée de faire toutes nos réflexions à notre place, ne risquons-nous pas progressivement de perdre certaines de nos capacités à réfléchir par nous-mêmes ? Notre capacité d'analyse ? Notre esprit critique ?
J'en vois d'ailleurs un exemple très simple sur moi-même.
À force d'utiliser systématiquement le GPS pour mes déplacements en voiture, je suis devenu très mauvais pour retenir les trajets. En dehors de ceux que j'effectue très régulièrement, j'ai aujourd'hui beaucoup de mal à me déplacer sans GPS, même pour certains trajets de moins de 30 minutes…
Rabelais écrivait : « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme. »
Personnellement, j'aurais envie de compléter par : « IA sans réflexion n'est que ruine de l'esprit. »
Et pendant ce temps, le développement de l'IA avance à une vitesse fulgurante.
Presque toutes les deux semaines, on entend parler d'un nouveau modèle supposément plus performant que le précédent, de nouvelles avancées permises par l'IA, de risques potentiels ou avérés, de l'arrivée annoncée de l'AGI, mais aussi de gigantesques projets d'infrastructures destinées à soutenir son développement. On en est au point où à l'échelle mondiale, les datacenters dédiés à l'IA consomment autant voir plus que certains pays. ( la consommation électrique mondiale des datacenters a atteint environ 485 TWh en 2025 et pourrait approcher 950 TWh en 2030. Les datacenters spécifiquement orientés IA connaissent une croissance encore plus rapide de leur consommation. (Source : Agence internationale de l'énergie (IEA), Energy and AI.)
Et ce n'est pas tout… Certains projets envisagent désormais très sérieusement des datacenters destinés au calcul IA directement dans des satellites en orbite autour de la Terre… car oui, l'IA prend de la place et consomme, et là-haut de la place il y en aurait et avec le Soleil il y a de l'énergie…L'idée reste techniquement et économiquement extrêmement ambitieuse, mais elle n'appartient déjà plus uniquement à la science-fiction. C'est en fait à mon sens un sacré mélange de réalité et de science-fiction, de folie et de génie…
Certains présentent l'IA comme une solution miracle qui pourrait nous conduire vers une forme d'abondance — Sam Altman (OpenAI / ChatGPT) ou Elon Musk, entre autres.
Et il faut reconnaître que, sur certains aspects, les avancées sont impressionnantes :
Des systèmes d'IA contribuent désormais à obtenir de nouveaux résultats, voire dans certains cas des solutions complètes, sur des problèmes mathématiques ouverts parfois depuis plusieurs décennies. (Source : projet Erdős Problems, qui recense notamment les contributions récentes de différents systèmes d'IA. ). L'IA permet également d'accélérer fortement certaines étapes de la recherche de nouvelles molécules et de nouveaux médicaments. Des systèmes d'IA sont désormais capables de découvrir automatiquement de véritables vulnérabilités logicielles et peuvent également aider à proposer des correctifs avec des résultats déjà impressionnants.
Certains embrassent d'ores et déjà complètement cette révolution : « Dès que je me pose une question, je demande à ChatGPT. »
ou encore : « L'IA, c'est l'avenir. Je ne code plus, je ne fais que des spécifications. »
À l'inverse, d'autres mettent surtout en avant les problèmes et les risques : erreurs, hallucinations, problèmes d'alignement, failles de sécurité, deepfakes, fake news, utilisation par des hackers ou des fraudeurs, vols de données, désinformation…
Et certains événements récents donnent forcément matière à réfléchir.
En particulier le hack récent de Hugging Face par le modèle d'IA d'OpenAI lors de tests de cybersécurité où un agent expérimental a réussi à sortir de son environnement de test et à compromettre des systèmes de Hugging Face. OpenAI et Hugging Face ont publiquement reconnu l'incident et une enquête approfondie est encore en cours et la possibilité de voir l'IA directement utilisée dans des systèmes d'armement autonomes ne rassure pas non plus…
Tout cela soulève évidemment beaucoup de questions sur les dérives possibles et en parallèle l'impact sur l'emploi est également déjà visible.
Certaines entreprises ont explicitement gelé des embauches ou annoncé des réductions d'effectifs parallèlement au développement de l'automatisation par IA. Et la jeunesse qui entre aujourd'hui sur le marché du travail se retrouve dans une situation particulièrement difficile et inquiétante.
Ils n'ont pas encore d'expérience et les jobs de juniors sont souvent remplacés par des IA… En effet les premières données commencent à montrer que les jeunes travailleurs pourraient être particulièrement touchés dans les métiers fortement exposés à l'IA. Une étude du Stanford Digital Economy Lab, portant sur plusieurs millions de salariés américains, estime que l'emploi des 22-25 ans dans les professions exposées à l'IA se situe désormais environ 19 % en dessous de ce qu'il aurait été s'il avait évolué comme celui de leurs homologues travaillant dans des professions moins exposées...
Et pour rester compétitifs, ces mêmes jeunes doivent apprendre à maîtriser, voire même directement nourrir, un outil susceptible de transformer profondément, ou même de remplacer totalement ou en partie les métiers auxquels ils se destinent…
Je fais partie de ceux qui pensent que le problème n'est pas forcément la technologie elle-même, mais l'usage que nous en faisons.
Et la nature humaine nous pousse malheureusement parfois à en faire un mauvais usage, ou simplement un usage excessif, ne serait-ce que pour gagner un peu en confort.
De mon côté, j'utilise l'IA : correction et reformulation de textes, aide et relecture de code, recherche d'idées, parfois génération d'images…
Mais les versions gratuites disponibles couvrent encore largement mon usage quotidien, là où beaucoup de personnes que je connais sont déjà passées aux versions payantes pour augmenter leur productivité.
À leurs yeux, je fais parfois presque figure de dinosaure… =)
Voici d'ailleurs une image (évidemment générée par IA) que l'on m'a envoyée à ce sujet :
Bref, tout cela m'interroge.
De manière plus générale, j'ai parfois l'impression que nous sommes tous dans un train lancé à grande vitesse sur des rails, sans que personne ne sache réellement ce qu'il y a au bout de la voie… mais nous y allons gaiement quand même.
Certains veulent accélérer pour atteindre la destination encore plus vite alors que d'autres voudraient ralentir, voire sauter du train en marche.
Certains sont inquiets et d'autres profitent simplement du voyage.
Certains ne font même plus attention au fait qu'ils sont dans le train et d'autres encore observent et attendent de voir ce qui va se passer…
Mais pouvons-nous agir ? Que pouvons-nous faire ? Que devons-nous faire ?
En général, je ne m'inquiète pas trop des choses et je suis en quelque sorte ce diagramme :
Mais pouvons nous simplement faire l'autruche ? J'ai trouvé très intéressante la réponse récente d'un groupe de mathématiciens face à la fois aux opportunités et aux menaces que représente l'IA : la Leiden Declaration.
Je trouve qu'elle cristallise assez bien cette dualité.
Et vous, qu'en pensez-vous ?
Quel est votre usage de l'IA au quotidien ?
Qu'est-ce qui vous impressionne le plus dans l'IA ? Et qu'est-ce qui vous rebute ou vous inquiète le plus ?
Êtes-vous plutôt enthousiaste, méfiant, ou quelque part entre les deux ?
Et si on poussait la réflexion encore un peu plus loin :
Est-ce qu'être dirigés par une IA plutôt que par notre gouvernement actuel serait forcément une mauvaise chose ?
Et si vous pensez que cette dernière question c'est de la pure science-fiction il suffit de voir le cas de l'Albanie et de leur IA Diella qui fait office de précurseur : L'Albanie a intégré Diella, une IA présentée comme membre virtuel du gouvernement et chargée de superviser l'attribution de marchés publics. Diella a été présentée comme une solution d'afin d'éradiquer la corruption dans l'attribution des marchés … Et même si l'expérience est encore récente et controversé , confier une partie de décisions ou de fonctions publiques à une IA n'est finalement déjà plus complètement de la science-fiction… Et qui sait ce serait peut être moins pire que le résultat actuel ...
Bref, je ne sais pas où nous allons, ni comment nous y arriverons, ni même si la destination sera souhaitable, mais une chose semble sûre : visiblement, on y va !
J'ai donc mis ma ceinture de sécurité, j'ouvre grand les yeux pour voir comment tout cela va se dérouler et je vous propose ce sujet de discussion si vous souhaitez en parler, en débattre ou tout simplement partager votre point de vue, vos expériences et ou vos propres observations.











